Portrait d'un maraîcher bio en Île-de-France
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Portrait d'un maraîcher bio en Île-de-France

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Le maraîchage bio en Île-de-France compte environ 350 producteurs, soit un tiers des 633 exploitations biologiques de la région (Agreste, 2025). Thomas Mercier fait partie de ces maraîchers qui alimentent les circuits courts franciliens. Installé depuis huit ans en Seine-et-Marne, il cultive une quarantaine de variétés de légumes sur trois hectares, sans pesticide ni engrais chimique.

D’un bureau à la terre : le parcours d’un reconverti

Thomas avait 35 ans, un CDI dans la vente de matériel informatique et un salaire confortable. “Le métier ne me correspondait plus. Je cherchais du sens”, confie-t-il dans la serre où poussent ses premières tomates de l’année.

Le déclic date d’un week-end dans une ferme pédagogique avec ses enfants. “J’ai vu ces maraîchers travailler avec passion, produire une nourriture saine. Je me suis dit : c’est ça que je veux faire.” Thomas rejoint alors un profil en pleine croissance : les installations hors cadre familial représentaient 36 % des nouvelles exploitations en 2021, contre 30 % en 2000 (Safer).

La suite a pris trois ans. Formation au BPREA (Brevet Professionnel Responsable d’Entreprise Agricole) à Chartres, deux saisons comme ouvrier agricole pour maîtriser les gestes techniques, puis installation en 2018 sur un terrain communal loué. Coût estimé de démarrage pour ce type de projet : entre 20 000 et 80 000 euros hors foncier.

Trois hectares, quarante variétés : le choix de la diversité

En Île-de-France, le prix moyen d’un hectare agricole atteint 7 750 euros en 2024 (Safer), un frein réel pour les candidats à l’installation. Thomas a contourné l’obstacle grâce à un bail communal. Ses trois hectares accueillent une quarantaine de variétés selon les saisons.

“L’idée n’est pas de produire en masse, mais d’offrir de la qualité et de la diversité”, explique-t-il. Sur le terrain, cette logique se traduit par un cahier des charges strict :

  • Zéro pesticide, zéro engrais chimique
  • Rotation des cultures sur quatre ans pour préserver les sols
  • Compost élaboré sur place (environ 10 tonnes par hectare et par an)
  • Paillage systématique pour réduire l’arrosage de 30 à 40 %
  • Haies plantées sur 200 mètres linéaires pour la biodiversité

“Le bio, ce n’est pas juste une certification. C’est une philosophie. Je travaille avec la nature, pas contre elle”, insiste Thomas. Son approche rejoint les principes de l’agroécologie, qui replacent le sol vivant au centre du système agricole.

Le rythme d’un maraîcher solo

Thomas travaille seul la majeure partie de l’année. Des stagiaires et des wwoofers le rejoignent ponctuellement. “Entre avril et octobre, je fais 60 heures par semaine. Mais je suis mon propre patron et je fais ce que j’aime.”

Les journées démarrent avant 6 heures. Récolte à l’aube pour conserver la fraîcheur des légumes, préparation des paniers, entretien des parcelles, désherbage manuel, arrosage. “Chaque jour est différent. C’est physique, mais jamais monotone.”

Vendre en direct : le modèle circuit court

La France compte 250 000 adhérents en AMAP (2024). Thomas, lui, a choisi un modèle hybride de vente directe :

  • 60 paniers hebdomadaires livrés dans trois points relais
  • Présence sur deux marchés de producteurs (mercredi et samedi)
  • Vente à la ferme le vendredi après-midi

“Le circuit court me donne des prix justes et du lien avec mes clients. Beaucoup viennent avec leurs enfants, posent des questions sur les variétés, les saisons.” Pour trouver des producteurs locaux comme Thomas dans votre département, plusieurs annuaires en ligne facilitent la recherche.

Créer du lien au-delà du panier

“Au début, je ne savais pas vendre. J’étais timide, maladroit. Maintenant, j’ai mes habitués. Certains me commandent des légumes spécifiques, d’autres me font confiance pour composer leur panier.”

Thomas ouvre aussi sa ferme deux fois par an pour des visites pédagogiques. “Les gens ne savent plus comment poussent les légumes. Quand je leur montre un poireau dans la terre, c’est une vraie découverte pour eux.” Ces journées portes ouvertes attirent entre 80 et 120 visiteurs par session.

Les réalités du métier : climat, charge et revenus

Des saisons de plus en plus imprévisibles

“2025 a été difficile avec le printemps très pluvieux. J’ai perdu une partie de mes courges à cause du mildiou. En bio, pas de traitement curatif. Ces pertes font partie du métier.” Thomas compense par la diversification : “Si une culture échoue, j’ai toujours autre chose à proposer.”

Les surfaces bio en Île-de-France ont été multipliées par quatre entre 2013 et 2023 (Agence Bio). Mais pour la première fois, une baisse a été enregistrée en 2024, signe que les aléas climatiques et économiques pèsent sur la filière.

La solitude du travail physique

L’intensité quotidienne laisse des traces. “Il y a des moments de découragement, surtout quand les limaces ravagent mes salades ou qu’une canicule grille mes plants. Le soutien de mes clients me porte dans ces moments-là.”

L’argent : le sujet qui fâche

“La première année, j’ai à peine dégagé un SMIC.” Le chiffre n’étonne pas : un maraîcher bio débutant génère en moyenne 15 000 à 20 000 euros de chiffre d’affaires la première année. Après stabilisation, le CA atteint 30 000 à 70 000 euros selon la surface et les canaux de vente.

“Aujourd’hui, je m’en sors correctement. Mais personne ne se lance dans ce métier pour devenir riche. C’est un choix de vie.” Bonne nouvelle pour les exploitants franciliens : la Région Île-de-France a lancé en 2025 le dispositif Bio+, une aide de 400 euros par hectare destinée aux 450 exploitations bio du territoire.

Ce qui vient : les projets de Thomas

Thomas prévoit plusieurs évolutions pour les deux prochaines années :

  • Installer une seconde serre (investissement estimé : 15 000 euros) pour étendre la saison de production de mars à novembre
  • Créer un verger de variétés anciennes sur 3 000 m2
  • Lancer des ateliers de jardinage bio — inspirés de la permaculture au potager — pour les particuliers, à 25 euros la session
  • Collaborer avec trois producteurs voisins pour proposer des paniers multi-produits (fromage, miel, oeufs)

“J’aimerais aussi embaucher. Transmettre ce que j’ai appris, former quelqu’un. Chaque année, 20 000 exploitants partent à la retraite en France et seulement 14 000 s’installent. Le renouvellement des générations est un enjeu majeur.”

Les recommandations de Thomas aux futurs maraîchers

Pour les candidats à l’installation, Thomas partage trois repères concrets :

Se former avant tout. “Le maraîchage, c’est technique. Vous devez connaître les sols, les cycles de culture, savoir réparer du matériel. Le BPREA dure un an et donne accès aux aides à l’installation.”

Commencer petit. “Mieux vaut trois hectares bien gérés que dix à moitié travaillés. Ma première année, j’aurais voulu tout faire. L’expérience m’a appris à prioriser.”

S’entourer. “Échangez avec d’autres producteurs. Adhérez à des réseaux comme Bio Île-de-France ou Abiosol. Ces structures accompagnent les porteurs de projets de A à Z, du foncier au business plan. Les Champs des Possibles proposent même un test d’activité de 1 à 3 ans en ferme d’accueil.”

Un modèle agricole recherché par les consommateurs

Les 41 000 hectares cultivés en bio en Île-de-France (7,3 % de la surface agricole utile) ne couvrent pas encore la demande locale. Thomas le constate chaque semaine : “Mes 60 paniers partent en 24 heures. J’ai une liste d’attente de 15 familles.”

La dynamique est là. Les consommateurs veulent du local, du bio, du transparent. Les collectivités libèrent du foncier. Les aides régionales se structurent.

Prochaine étape pour Thomas : poser le permis de construire de sa deuxième serre avant l’été 2026. Les premières tomates sous ce nouvel abri sont prévues pour mars 2027.

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